Pratique
pour enseigner le théâtre forum
Partir de
« l’ignorance fondatrice » et aller à la
confrontation de « l’errance formatrice. »
Il y a au départ la
rencontre entre comédien et le participant. ( jeune ou adulte)
Il ne s’agit pas pour le
comédien de transmettre un savoir, de jouer celui qui sait et de
mettre les participants dans le rôle de ceux qui ne savent pas.
Il s’agit bien d’être
pour le comédien d’être « ignorant » :
Le comédien est un « imposteur »
et doit le revendiquer. Il est celui qui est appelé pour ses compétences
mais qui n’en a pas, qui n’en veut aucune, si ce n’est
celles de permettre une rencontre ludique et créatrice avec
l’autre. L’activité d’enseignement n’est pas loin de
celle de la création (un acte quelque peu magique et surnaturel.)
Il s’agit de partir de
quelques éléments connus et aller ensemble vers un inconnu :
le participant est dans une posture d’errant : il a dans sa
besace des outils mais qui lui sont parfois invisible. Le comédien
va fouiller avec le participant dans la besace :
La voix, la syntaxe, les
mots, le vocabulaire, le geste … tout est là par fragment. Ce
ne sont que des simples outils qui peuvent être révélés, développés.
Parfois un outil vient à manquer, mais le participant en a
entendu vaguement parler … le comédien va transmettre cette outil « du passé oublié»
… mais là n’est pas le fondamental. L’important c’est que
ces outils servent à aller à la rencontre d’un monde. Pour
cela, il faut le décrire,
le jouer, le représenter, le donner à voir et à entendre.
C’est ici que ce fait l’utilisation des outils.
Le participant à un atelier
de création théâtre forum part de ce qu’il sait mais qui est
très enfoui en lui, (il va découvrir mille et une ressources
faites d’images, de sensations, de souvenir, de son) et de ce
qu’il ne sait pas encore (il va regarder, observer, emmagasiner,
enregistrer, digérer, piquer aux autres !)
Pour réaliser cette
formation, quelques données de bases sont à prévoir :
L’espace de travail.
Les
salles encombrées, mal chauffées, où il n’est pas possible de
faire trois pas sans se cogner.
Et si c’était dans cet
espace qu’il est possible d’inventer, de pousser les murs, de
se montrer, de crier pour pouvoir être entendu.
L’ambition.
L’ambition
du projet est toujours à éditer au début de la formation, à
rappeler en milieu de formation et à exiger en fin de formation.
Et si, l’ambition pouvait
être modulable. Si elle pouvait se construire au fur et à mesure
du travail de création. Il s’agit ici de présenter
l’ambition aux participants, de la rendre lisible et palpable,
d’en faire un objectif à atteindre … l’ambition doit aussi
résonner dans le cœur des participants, ce sont eux qui vont
porter le projet, l’ambition doit écouter les possibles des
participants.
Le temps.
Il
me faut plus de temps pour créer !
Qu’importe
le temps, sa dimension, son extension … il n’y aura jamais
assez de temps pour créer. Il s’agit donc de gérer le temps de
la création et le dompter, le rendre malléable, adaptable.
Le
statut du comédien et celui du participant
Aucun homme ne prend le
chemin d’un autre, nous dit le Mahabarata. Et pourtant, nous
nous croisons sans arrêt. Il faut reconnaître des parcours différents,
des pratiques différentes qui amènent sur les mêmes bords du théâtre.
Le comédien formateur doit
regarder, observer le participant. Il doit l’accompagner vers un
nouveau statut : comédien amateur, nouveau, comédien élève,
apprenti …
Gilles Fichez
Directeur
de la Cie TENFOR